Depuis pas mal d'années déjà, à la
mi-juin, alors que les autorités civiless et religieuses
du canton de Fribourg s'apprêtaient à fêter, traditionnellement,
l'anniversaire de la victoire des Confédérés sur Charles le
Téméraire, on se demandait s'il n'était pas possible de souligner
la profession de foi patriotique (messe, sermon de circonstance,
dépôt d'une couronne devant l'Hôtel de Ville) par un rappel
concret de l'engagement physique généreux et total qui, joint à un
courage inébranlable, a contribué à immortaliser «nos ancêtres les
Helvètes».
Dès lors, en 1931, le projet mûrit
très vite à Fribourg. On prit contact avec la société de gymnastique
de Morat, pensant qu'elle pourrait en assurer la réalisation.
Mais ce ne fut pas l'enthousiasme. Un «gymnaste» n'est
pas forcément un coureur à pied. Personne n'accepta donc de
jouer le rôle et de se lancer dans une aventure suicidaire : «c'est
de la folie !», disait l'un, et l'autre enchaînait : «je
ne suis pas prêt pour ce genre d'exercice !». Le moniteur
de la société attira alors l'attention des solliciteurs sur
Adolphe Flückiger : «Un vrai champion celui-là». On lui
demanda et il accepta.
La nouvelle fut publiée dans les
quotidiens de la région. On voulait que les citoyens de Morat et
de Fribourg, de même que les villageois viennent se recueillir et
peut être applaudir - au passage du coureur.
Adolphe Flückiger se mit donc en route,
le 21 juin 1931. Pendant qu'il progressait par monts et par
vaux, à la Cathédrale de Fribourg, on célébrait l'office d'action
de grâces. L'autel sur lequel se dressait la statue du bienheureux
Nicolas de Flüe était chargé de fleurs. Les autorités occupaient
les places réservées aux premiers rangs. Comme chaque année, à l'issue
de la messe, on se rendit en cortège jusque devant l'Hôtel de
Ville. On ne se pressait pas trop, puisque l'on avait dit que
Flückiger arriverai vers 11 h 15. Une bonne centaine de gens flânaient
dans les parages, désireuses de voir le peintre-messager.
Mais qu'est-ce
donc que ce tumulte ? Le Conseil d'Etat était à peine
en place qu'une clameur s'élevait là-bas, au tournant.
Adolphe Flückiger arrivait d'une foulée courte et souple,
tête dodelinante, brandissant le rameau du tilleul. Il y avait à peine
1 h 13 qu'il était parti de Morat. On lui fit fête. On le
félicita. L'émotion était vive. Tout le monde était content,
car ce qui manquait jusqu'alors pour que la journée anniversaire
fût complète existait maintenant. |

Adolphe
Flückiger
dans la fleur
de l'âge
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Albert zosso,
vainqueur de la
première course
en 1933 en 1h01' |

Pierre Page,
athlète
fribourgeois
vainqueur en 1952 |
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